Partager
Les mauvaises mères

"Voilà plus de dix ans qu’on était peinardes à se trémousser dans les bars un verre à la main ou à se prélasser dans le canapé en étirant nos jambes de déesses sur la table basse. Dix ans de liberté totale à butiner la vie, voire les hommes. Alors l’arrivée du bébé, ça nous a fait comme un choc. Tout le monde nous disait que ça allait «tout changer». Jusque-là , on ne voyait pas trop dans quel sens, mais d’un coup, on a bien compris. Finis les dîners entre copains, les soirées à refaire le monde, le marathon des soldes et même la balade du dimanche au marché. Dix ans hors du nid familial sans l’ombre d’une responsabilité et VLAN !, on est passée de l’autre côté.
Et là , il y a un problème. On n’est pas raccord. La maman épanouie dans les couches-culottes, ce n’est pas nous. Celle qui adoooore passer des heures avec son nouveau-né, ce n’est pas nous. Celle qui pleure de désespoir quand elle reprend le travail, ce n’est pas nous. Pourtant, ça faisait neuf mois qu’on ne pensait qu’à ça. On avait lu tous les guides de grossesse et les modes d’emploi pour jeunes mamans, on était prêtes. Un livre déclarait même: «De toute façon, c’est vous la mère, c’est vous qui savez.» Et si on ne sait pas, ça veut dire qu’on n’est pas la mère?
Si notre sixième sens ne nous dit pas pourquoi le bébé pleure, est-ce qu’on est une mauvaise mère ? Si on négocie âprement avec le papa sur le thème «Qui sort? Qui garde le bébé?», est-ce qu’on est une mauvaise mère? Si on aime rester tard au boulot le soir et boire des cafés avec les copines et sans bébé, est-ce qu’on est une mauvaise mère?
On a bien senti qu’il était déjà trop tard pour être des mamans modèles. Alors on a décidé de placer tout notre talent ailleurs. Si on acceptait d’être les mauvaises mères, peut-être qu’on cesserait de culpabiliser de ne pas être parfaites. Bien sûr, on n’est pas du genre à mettre nos enfants au congélo – on ne s’est quand même pas donné tout ce mal pour rien. Mais c’est décidé, on peut dire que la lente torture de l’allaitement n’est pas «formidable» ou que ça nous fait parfois flipper de passer notre budget fringues en couches et petits pots. Et le jour où on dit à voix haute que «la première année, c’est quand même un cauchemar», on voit bien que des collègues sont choqués, mais on découvre aussi que certains sont d’accord.
Après des mois de culpabilité, trois jeunes mamans ont décidé de le clamer bien fort, chacune à leur façon. Dans ce livre, vous ne pourrez pas vous reconnaître partout, mais vous ne pourrez pas non plus ne pas vous reconnaître du tout."
A lire aussi
Ateliers mode
Expérience
Recette






Laisser et/ou lire les commentaires
Je ne suis pas kidy'naute !